16/08/2010
"Cleveland contre Wall Street" : le captivant "procès de cinéma" des "subprime"
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Programmé à la dernière Quinzaine des réalisateurs à Cannes, le documentaire "Cleveland contre Wall Street" met en scène le procès fictif des victimes des "subprime" contre les banques américaines.

Les défauts de paiement de ces crédits hypothécaires, consentis à des emprunteurs peu solides, ont provoqué les premières faillites de banques, enclenchant une crise mondiale. A Cleveland (Ohio), ville-symbole, 100.000 personnes incapables de rembourser leurs prêts ont été expulsées.

Qui est responsable ? Les emprunteurs insolvables ou les établissements de crédit qui ont accordé les prêts trop facilement ? L'avocat Josh Cohen qui représente des centaines de familles et la ville de Cleveland, a assigné dès 2008 les banques qu'il juge seules responsables, espérant un procès, tandis que Wall Street fait traîner par tous les moyens ce recours collectif.

Jean-Stéphane Bron, le réalisateur suisse, qui a signé en 2003 "Le génie helvétique", documentaire sur le processus démocratique, s'est très vite passionné pour les "subprime" : "après avoir filmé la démocratie en action, j'ai filmé le capitalisme en action", confiait-il à l'AFP à Cannes.

"On pouvait aborder cette crise comme une simple fresque. J'ai préféré regarder comment était fabriquée la bombe, en quelque sorte. Comment les ingénieurs l'ont mise au point, en espérant renseigner sur la guerre économique", ajoutait Jean-Stéphane Bron.

"En me focalisant sur Cleveland, j'ai choisi des conséquences locales pour éclairer l'histoire universelle", disait-il.

"Cleveland contre Wall Street" organise ainsi le "procès de cinéma" contre les banques avec la participation de vraies victimes des "subprime" dans le quartier de Slavic Village, le plus touché. L'une d'elles, Barbara Anderson, qui a été invitée à Cannes, est le chef de file d'une organisation qui mène des actions contre les banques pour les forcer à négocier, avec maintien dans les lieux des familles endettées.

Jean-Christophe Bron a réussi à convaincre un vrai juge d'organiser ce procès fictif dans des conditions réelles. L'avocat d'affaires Keith Fisher a accepté de défendre Wall Street à l'écran.

Respectant la procédure judiciaire, le film propose les interrogatoires et contre-interrogatoires des parties prenantes, y compris d'un policier de Cleveland chargé des expulsions.

Le rôle des courtiers avides qui montaient les crédits en gonflant les revenus, est mis en lumière. Jean-Stéphane Bron a également obtenu le témoignage à la barre d'un informaticien de renom, Michael Osinski, qui a créé le logiciel permettant de transformer les hypothèques en titres, démultipliant la débâcle après les défauts de paiement des emprunteurs.

Barbara Anderson en est convaincue : "Wall Street a indexé ses bonus sur les pauvres". Face à la caméra, Peter Wallison, conseiller à la Maison Blanche sous Reagan et théoricien influent des marchés financiers, met en cause la politique gouvernementale d'accession à la propriété, mais aussi l'avidité des banques qui ont accordé des crédits trop facilement.

A l'heure du verdict, Wall Street est reconnu coupable à la majorité.

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