Le rôle de la société civile dans la réalisation du développement n'est plus à démontrer, notamment dans une région comme Al Haouz, où le tissu associatif, malgré son jeune âge, fait déjà montre d'une organisation unique en son genre, d'actions efficientes et d'un degré de maturité des plus confirmés.
Le besoin senti d'intervenir et d'agir efficacement, aux cotés d'autres acteurs de développement, la prise de conscience que la responsabilité du développement n'incombe plus à l'Etat pris individuellement, conjugués aux conditions de vie difficiles dans cette partie du territoire (zone montagneuse), ont été derrière l'organisation des populations locales dans le cadre d'associations dynamiques, ambitieuses et déterminées à relever les défis.La proximité des populations, la connaissance parfaite de leurs besoins, de leurs problèmes et de leurs soucis ont vite érigé les premières associations qui ont vu le jour à Al Haouz dès le début des années 90, soutenues par certains organismes internationaux, en une source d'espoir pour les habitants locaux.Cette détermination à se perfectionner et à étendre les actions à l'ensemble des secteurs névralgiques (éducation, santé, enseignement, économie, culture, sport, enfance, tourisme, analphabétisme...), ne va pas tarder à donner ses fruits, notamment avec la naissance d'un Espace provincial regroupant les associations de la région.Baptisé "Espace provincial des Associations de Développement d'Al Haouz", cette structure, qui a eu le grand mérite d'être inaugurée par SM le Roi Mohammed VI le 29 mars 2007, a été réalisée grâce à une enveloppe budgétaire de 6 millions DH, financée par l'INDH (1 million de DH), le conseil provincial (3.260.000 DH) et l'Agence de Développement Social (ADS - 1.740.000 DH). "Cet Espace, qui compte actuellement 1.626 associations, 4 espaces associatifs de Cercles et une trentaine de coopératives, s'assigne pour mission principale de soutenir l'action associative, d'assurer l'encadrement et la formation des acteurs dans le but de renforcer leurs capacités dans les domaines économique, social, culturel et technique et de permettre un échange d'expériences et expertises", a expliqué M. Abdellatif Jaïdi, président de cette structure dans des déclarations à la MAP.La particularité de cette expérience est que cet Espace associatif a été doté d'un siège des plus modernes, conçu en faisant appel au savoir-faire marocain et en s'inspirant parfaitement de l'architecture arabo-andalouse et qui compte une salle de conférences, un restaurant, une bibliothèque, une salle d'informatique, deux salles pour ateliers et une salle de réunions, ainsi que des dépendances sanitaires et administratives.
Pour M. Jaïdi, cette expérience n'aurait jamais pu réussir, si ce n'est grâce à la synergie et au degré élevé de la collaboration existant entre les autorités locales et les acteurs de la société civile au niveau de cette province.
"Les autorités locales considèrent les associations locales comme un partenaire incontournable en matière de développement et une source indéniable de propositions et ce, dans le cadre d'une approche participative, en vertu de laquelle tout un chacun prend connaissance de ses obligations, assume sa responsabilité, définit ses priorités et agit en concertation avec les autres partenaires", a-t-il dit.
Il s'agit d'une approche basée sur des actions de communication avec les associations locales, la définition et le classement par priorité des problèmes vécus par les douars ciblés, ainsi que sur la fixation d'un calendrier pour l'exécution des activités programmées.
Abondant dans le même sens, M. Jaïdi s'est dit fier du fait que cette expérience a eu le grand mérite d'être présentée lors de manifestations internationales de grande envergure, comme ce fût le cas le 03 février 2008 à Ottawa (Canada) lors d'un congrès international organisé par la Plate-forme des donateurs, ou encore à Bruxelles en juin dernier et à Accra en septembre dernier. Interrogé, par ailleurs, sur le bilan des actions de cet Espace, M. Jaïdi l'a qualifié de "très positif" et "encourageant", faisant savoir que l'Espace est actuellement présent dans nombre d'activités organisées aux niveaux local, provincial, régional et national, d'autant plus qu'il se trouve lié par des conventions de partenariat avec plusieurs départements publics et ONG, dont le ministère du Développement Social, celui de l'Education Nationale, l'Entraide Nationale, l'ADS et le Centre de Développement de la Région de Tensift (CDRT).
Pour mener à bien ses actions, l'Espace bénéficie également d'un soutien fort de la part de certaines organisations internationales comme l'UNICEF, le PNUD, ou encore l'Agence Japonaise pour la Coopération internationale (JICA), entre autres.
Sur les difficultés rencontrées, M. Jaïdi a soulevé un certain nombre de problèmes liés à la nature géographique de la région, ce qui rend parfois impossible l'établissement d'une communication efficiente avec les associations, notamment celles existantes dans des zones reculées et enclavées.
Il a déploré également le manque de formation et d'encadrement des acteurs associatifs et la faiblesse des moyens financiers mis à la disposition de l'Espace, estimant indispensable, dans ce sens, l'activation des différentes conventions de partenariat conclus par cette structure de soutien à l'action associative avec nombre de départements gouvernementaux.
M. Jaïdi s'est dit également en faveur du renforcement et de la multiplication des partenariats et de l'implication effective du secteur privé, soulignant la nécessité de doter l'espace de plus de liberté en matière de prise de décisions.
"L'Espace est déterminé également à examiner la possibilité de conclure d'autres conventions de partenariat, notamment avec des partenaires comme les départements de la Santé et de la Jeunesse et Sports", a-t-il fait savoir, notant que cette structure est disposée à poursuivre ses efforts en matière de formation des acteurs associatifs, notamment dans les domaines de la communication, du montage de projets, de la gestion, du financement, de l'accompagnement et de la recherche de bailleurs de fonds.
La création d'activités génératrices de revenu (AGR) au profit des populations de la région, la mise en place d'un site internet pour permettre à l'Espace associatif d'Al Haouz de mieux se faire connaître à l'échelle nationale comme sur le plan international et l'élaboration d'une revue trimestrielle lui garantissant une meilleure ouverture sur l'environnement extérieur, semblent être les grands projets sur lesquels devront se focaliser les nouveaux président et membres du bureau dirigeant de l'Espace, une fois élus lors de l'assemblée général ordinaire de l'Espace prévue à Tahanaout dans les semaines à venir.
L'expérience associative à Al Haouz peut servir de modèle à suivre et de source d'inspiration indéniable pour d'autres régions du Royaume. Elle se veut l'illustration éclatante de la symbiose existante entre les autorités locales et les acteurs de la société civile.