Retraités, salariés modestes, petits patrons ou commerçants en faillite, familles à salaire unique: les associations voient arriver dans leurs centres de "nouveaux pauvres", que la crise, après la perte de pouvoir d'achat des derniers mois, a fini par faire basculer. Ils ne pensaient pas en arriver là. Chaque soir, au Coeur des haltes de la gare de Lyon, à Paris, des retraités, parfois propriétaires de leur logement, viennent prendre un repas à côté des SDF.
"Ils disent ne pas pouvoir faire face aux dépenses", affirme le directeur du centre, Philippe Gobillon, qui avoue aussi son étonnement devant un phénomène nouveau: "depuis deux mois, des gens qui ont raté le dernier train se font héberger à l'accueil de jour, qui reste ouvert la nuit, où ils se retrouvent avec les SDF les plus +cassés+, parce qu'ils ne se permettent pas d'aller à l'hôtel".
"Une nuit, on a eu huit personnes, cela nous a surpris, on s'est dit que là, c'était le début de quelque chose de grave", dit-il.
L'Espace solidarité insertion de la gare de Lyon est aussi depuis plusieurs mois le refuge de salariés sans domicile, qui viennent quelques nuits surtout en fin de mois, quand ils ne peuvent plus payer l'hôtel.
Alors que les associations caritatives s'inquiètent des effets de la crise sur le montant des dons qu'elles reçoivent, elles soulignent que les difficultés ne datent pas de la crise. Celle-ci a aggravé le sort de ceux qui étaient au bord du seuil de pauvreté et a appauvri certains qui se croyaient épargnés.
Dans cinq permanences du Secours populaire du Calvados, les bénévoles ont fait état de l'arrivée depuis deux mois de "personnes nouvelles".
Ce sont les victimes de la crise financière, comme cet ancien directeur d'une agence immobilière logé par le 115 (accueil d'urgence de nuit), qui vient chercher des colis alimentaires, un patron bûcheron qui a dû liquider son entreprise et vient aussi au Secours populaire pour les repas, des petits commerçants en faillite et au RMI, explique Marie-Jose Joly, responsable sur le Calvados.
"On a aussi des nouveaux retraités, qui ont encore des enfants à charge parce que c'est souvent le cas dans les familles recomposées, et qui n'arrivent plus à s'en sortir", explique-t-elle aussi.
A la Mie de Pain, le plus grand centre d'accueil de SDF de Paris, les "clochards" et les étrangers ne sont plus les principaux bénéficiaires des repas chauds du soir, souligne Héria Mir, chargée de la communication. "Depuis octobre, on a un afflux de jeunes majeurs, et depuis plusieurs mois déjà, un très grand nombre de retraités, que nous ne voyions pas auparavant", dit-elle.
Les mères de famille isolées risquent aussi de voir leur situation s'aggraver, souligne le Secours catholique, qui a constaté déjà en 2007, une forte aggravation de la pauvreté des familles monoparentales, qui forment 30% des personnes accueillies contre 26% en 1999, selon le rapport que l'association rendra public le 13 novembre.
Plusieurs signes ne trompent pas, comme la ruée sur les prêts sur gage du Crédit municipal, l'ancien Mont-de-Piété, qui ont augmenté de 40% depuis mars, l'augmentation des impayés de loyers, dont témoigne la Fondation Abbé Pierre.
La brusque montée du nombre de Rmistes en septembre (+ 10.000) interrompt une baisse constante de plusieurs trimestres.
La crise rend vulnérables les personnes aux revenus les plus modestes dont les dépenses contraintes (logement, impôts, ...) sont passées de 2001 à 2006 de 52,1% à 73,8% de leur revenu.
Les dépenses liées au logement notamment ont bondi de 30,6 à 43,9% de leur budget.