Le nouveau patron du musée Guimet de Paris dédié aux arts asiatiques, Jacques Giès, veut un musée "moderne, comme on parle de Tate Modern", avec des collections d'art moderne et contemporain, dit-il dans un entretien à l'AFP à l'occasion d'un nouvel accrochage sur l'art bouddhique.Jacques Giès, 58 ans, spécialiste des peintures chinoises qui a pris début septembre la présidence de l'établissement public, voudrait "pouvoir étendre le domaine de compétences" du musée, pour faire venir un public nouveau (275.000 visiteurs en 2007).L'établissement, dit-il, "reste toujours le musée d'Emile Guimet", cet industriel dont les collections offertes à l'Etat à la fin du XIXe ont donné naissance au musée. Ses "portes sont difficiles à pousser, nous avons un label +exotique+ qui nous coûte très cher", dit le conservateur.Or, l'Asie et son art "font partie de notre histoire", dit-il, "la musique de Beethoven touche un Japonais comme si elle faisait partie de son propre héritage. Je voudrais arriver à cela à Guimet", dit-il, montrer les symétries, les influences, pourquoi on aime (le dessinateur japonais Katsushika) Hokusai parce que lui aussi connaissait la peinture occidentale, dit-il.Le nouveau président a déjà le projet d'exposer des sculptures de l'Indien Anish Kapoor mais ses intentions vont plus loin, avec l'idée "d'enrichir les collections" avec des oeuvres modernes ou contemporaines.M. Giès et son équipe ont déjà pris des contacts avec des galeries asiatiques, avec un oeil sur le budget d'acquisition du musée, aux alentours d'un million d'euros par an. Il "ne s'agit pas d'acheter cher mais d'acheter bien, dit-il, en trouvant des artistes non vus, en allégeant le budget d'achat de pièces moyennes historiques et en se concentrant sur les chefs d'oeuvre".
En projet également, la création d'un poste de conservateur dédié à l'art contemporain, comme il en existe un au musée du Louvre.
Mais il ne s'agit pas uniquement d'exposer de l'art d'aujourd'hui. "Nous avons des nations comme le Cambodge où nos collections s'arrêtent au XIIIe, le XIXe chinois n'est pas représenté, nous n'avons rien sur la période de la Révolution chinoise". De la même manière, "je veux montrer de l'archéologie, il y a des fouilles qui remontent maintenant à - 6.000, - 7.000 dans la vallée de l'Indus", dit-il.
"Notre musée, dont l'équivalent n'existe même pas en Asie, a le devoir de s'agrandir", dit M. Giès pour qui le terme est aussi à prendre au pied de la lettre, en ouvrant pourquoi pas un nouveau bâtiment.
Comme nombre de ses pairs désormais, il compte sur le mécénat, déjà actif, et vient d'ouvrir un département chargé des contacts extérieurs pour "fédérer les grands mécènes", mettre sur pied des programmes qui aideraient groupes et industriels à mieux comprendre le territoire sur lequel ils veulent s'engager. "Nous devons être un passeur de cultures", dit M. Giès.
Pour présenter les oeuvres autrement, un parcours temporaire a été mis en place dans les collections permanentes, centré sur l'art bouddhique du Ve au XVe et des peintures des grottes de Dunhuang (ouest de la Chine). Visible jusqu'au 28 février, il est présenté en parallèle avec des répliques de ces grottes exposées au Centre culturel de Chine.