La traque de membres présumés du groupe radical du Fatah al Islam impliqués dans des attentats contre des soldats libanais s'intensifie dans le plus grand des camps de réfugiés palestiniens du Liban, Aïn Héloué, sous la pression de l'armée libanaise.Les informations faisant état de leur présence ont fait resurgir des craintes d'un embrasement du camp à la manière de celui de Nahr al Bared (nord) l'année dernière, où le Fatah al Islam a affronté l'armée libanaise plus de trois mois. Les combats ont fait plus de 400 morts, dont 168 soldats.Un porte-parole militaire affirmé jeudi à l'AFP que l'armée avait demandé à des factions palestiniennes d'Aïn Héloué de lui remettre des islamistes recherchés."Le chef adjoint des services de renseignements, le colonel Abbas Ibrahim, et le chef des renseignements dans le sud, le colonel Ali Chahrour, se sont réunis mardi soir avec les représentants des différentes factions et familles d'Aïn Héloué et leur ont demandé de remettre des personnes impliquées dans des attentats contre l'armée", a souligné le porte-parole.En août et en septembre, deux attentats ont visé des soldats libanais à Tripoli, la grande ville du nord, faisant 21 morts, dont 13 soldats."Les participants se sont dits prêts à coopérer avec l'armée en vue d'empêcher les terroristes de trouver refuge dans le camp, et de remettre ces personnes recherchées", a-t-il précisé, sans en indiquer le nombre.Selon le porte-parole, le principal islamiste recherché est Abdel Rahmane Awad, qui aurait succédé à Chaker al-Abssi à la tête du Fatah al Islam, selon les déclarations de membres de ce groupe radical ayant fait des "aveux" diffusés par la télévision publique syrienne il y a deux semaines.Al Abssi, un moment donné pour mort avant que l'information ne soit démentie, a été "transporté vers la Syrie dans un van", a affirmé à l'AFP un responsable des services de sécurité.
"Actuellement, les factions dans le camp font pression sur les personnes recherchées pour qu'elles se rendent. Sinon, on aura recours à d'autres mesures", a affirmé à l'AFP Kamal Medhat, représentant adjoint de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) au Liban.
Les négociations se font par le biais de mouvements islamistes et des familles des personnes recherchés.
"S'il y a recours à la force, ce sont les factions palestiniennes qui s'en chargeront", a précisé le responsable, indiquant qu'elles "ne permettront à aucune personne recherchée de trouver refuge dans le camp".
"Ce qui s'est passé à Nahr al-Bared ne peut absolument pas se passer à Aïn Héloué car les forces présentes dans ce camp sont capables d'empêcher les hors-la-loi de s'y réfugier", a insisté M. Medhat.
Il a précisé que l'armée n'avait pas fixé de délai, mais que la remise des islamistes devrait se dérouler assez rapidement. Selon lui, ces personnes seraient au nombre de six, dont Awad.
D'après le responsable du mouvement islamiste Hamas à Aïn Héloué, Ahmad al Fadl, les islamistes "ont été perdus de vue depuis près d'une semaine, alors que des mouvements islamistes faisaient pression sur eux pour qu'ils se rendent".
Le responsable a insisté sur la nécessité de "sauver le camp d'un deuxième Nahr al Bared".
Le fait que les camps, créés depuis l'exil des Palestiniens à la suite de la création d'Israël en 1948, échappent au contrôle de l'Etat libanais et de son armée, fait toujours craindre des affrontements semblables au scénario de Nahr al-Bared. La présence des islamistes recherchés à Aïn Héloué ont accru les inquiétudes concernant le sécurité du camp.
Des groupuscules extrémistes sont depuis des années installés à Aïn Héloué, situé dans la banlieue de Saïda (sud). Avec 45.000 habitants, c'est le plus grands des 12 camps de réfugiés palestiniens au Liban.